La culture a besoin de circuits courts si elle veut mieux respirer

Tout le monde se rappelle ce sketch des Inconnus où un ministre ne souvient plus s'il a été ministre de la Culture ou de l'Agriculture. Eh bien, j'ai envie deprendre cette boutade au sérieux et de tenter une comparaison entre ces deux champs d'action de la puissance publique.

Tout d'abord, parlons des circuits courts ! Comme l'agriculture, la culture a besoin de circuits courts si elle veut mieux respirer. Car oui, il est plus économique et plus écologique de s'adresser aux artistes les plus près de chez soi, que de faire venir des artistes d'autres régions. Et cela se comprend de soi ! Notamment en ce qui concerne la prise en charge des trajets.

En ce qui concerne le goût, voilà aussi une analogie que l'on peut tenter. De plus en plus le public de la Culture a envie de consommer "local". Qu'est-ce à dire ? Tout simplement que le public apprécie les "petites salles" où il connaît et reconnaît autant les artistes que les personnes dans le public ; il aime découvrir des talents locaux, car, à la différence des grands évènements où il se retrouve en tant que simple consommateur isolé au milieu d'autres consommateurs tout aussi isolés que lui, il devient partie prenante d'un processus de reconnaissance. L'analogie entre la consommation ciblée et une consommation de masse tombe, ici, sous le sens.

Cette tendance à consommer des produits culturels locaux est démontrée par plusieurs études (je peux les chercher, mais ici, j'expose seulement mes idées-forces). Tout ce qu'il faut retenir est que dans ce type de spectacle, le public est, pour une fois, sur le même piédestal que celui qui se trouve sur scène. Il possède les mêmes codes, les mêmes systèmes de référence et du coup, ce sont ceux qui ne sont pas "du coin" qui sont demandeurs de compréhension. La culture locale construit un public connaisseur et partie prenante du spectacle, alors que la culture de masse engendre rien d'autre que des consommateurs passifs.

C'est pourquoi, une politique culturelle ambitieuse et dynamique devra en premier lieu rétablir le lien entre public local et la culture locale. Attention, il ne s'agit pas de folklore ! Il faut être très clair sur ce point ; nous parlons de propositions de spectacles qui sont émises depuis le local et sont diffusés sur des scènes locales, mais ces spectacles-là ne sont pas supposés parler uniquement de choses locales ; ils peuvent parler de ce qu'ils veulent. Ils sont crées et diffusés localement, mais ils ne sont pas de nature folklorique, ou s'ils le sont, ce n'est qu'une partie et non pas un tout.

Bien sûr aussi, une politique culturelle ne peut pas faire fi des circuits "main stream" car ce sont aussi des divertissements que le public demande. Mais ce qui importe est de faire coexister les deux et surtout pas - comme il en est coutume depuis des décennies - de construire une politique culturelle seulement fondée sur la notoriété et la fréquentation. Resté engoncé dans ces critères revient à développer une culture "hors sol". Au passage, voilà que l'on retrouve de nouveau l'analogie avec l'agriculture !

Et qu'est-ce donc une culture hors-sol ? Tout simplement celle qui nous est proposée, ici, sur notre territoire, depuis une bonne soixantaine d'années, autrement dit depuis que ce territoire n'est plus capable de produire lui-même ses propres oeuvres de l'esprit comme il en a été capable, par exemple, entre les deux-guerres, avec notamment la revue marseillaise, mais aussi toutes les opérettes (de Nîmes à Nice) et aussi le cinéma, de Bordeaux à Nice en passant bien évidemment par Marseille. Nota : je ne suis pas nostalgique d'une époque ; je parle seulement de processus de production d'oeuvres culturelles pérennes et rentables.

Ainsi, ce que l'on entend par production locale peut se définir de la sorte : une production d'une part réalisée localement, mais dont l'objectif est de conquérir des parts de marché au-delà de son territoire de production. (Et l'on retrouve une fois de plus un parallèle avec l'agriculture).

Pour parvenir à de tels objectifs, une politique culturelle doit avant tout promouvoir ses salles intermédiaires, c'est-à-dire des espaces aux jauges n'excédant pas 300 personnes. Ces espaces-là doivent non seulement être encouragés, (par des subventions, mais pas seulement ; en la matière la créativité doit être en vigueur), et aussi doivent constituer des débouchés effectifs pour les artistes, qu'ils soient certes locaux, mais pas exclusivement.

Ces scènes intermédiaires doivent être conçues comme des réseaux connectés dans lesquels tout artiste est susceptible de se produire de l'une à l'autre et cela de façon soutenue. Il faut en finir avec la culture du "one-shot" .

Tout artiste a besoin de savoir que ses oeuvres ne seront pas vues une seule fois. Et pour y pallier, il est bon, sans doute au niveau de la Métropole, de constituer des réseaux de salles intermédiaires au sein duquel tout artiste pourra essaimer.

Quant aux scènes majeures comme la Chaudronnerie, elles ne doivent pas fonctionner en opposant le local avec le national (ou l'interplanétaire pour les mégalomanes !), mais comme un simple maillon de la chaîne de production culturelle. Trop souvent de telles scènes ont comme objectif auto-déclaré un rayonnement national et international. Certes oui ! Mais pas en oubliant leur dimension locale ; et je dirais même leur vocation locale. Car elles doivent être aussi des points de chute pour les spectacles locaux qui émergent et qui vont se servir de telles scènes pour rayonner à leur tour hors de leurs territoires.

Il faut que tout créateur local ait en ligne de mire d'une part un réseau de salles au niveau du territoire, mais de plus, un espace à dimension nationale qui scellera sa consécration. Et ainsi de suite, de façon à créer un cercle vertueux.

En d'autres termes, c'est en combattant la culture "hors sol" que l'on aura le plus de chances de développer une culture capable de rencontrer le succès loin de ses bases. Et pour en revenir à la Chaudronnerie et la commune de La Ciotat, point n'est besoin de révolutionner le fonctionnement de cette salle, mais seulement de la faire se doter d'une ouverture aux spectacles émergents produits sur le sol territorial.

Enfin, revenons à l'effort que la commune et/ou la métropole doivent accomplir pour que leurs salles intermédiaires soient partie prenante d'un développement culturel. Cela ne se pourra tant que ces lieux ne deviendront pas des "lieux de vie" de façon à justifier des places plus chères et accroître les recettes de billetterie.

Les directeurs de salles ne doivent plus considérer la non gratuité des offres culturelles comme une exception, mais comme une règle. Mais pour cela, ils doivent devenir des espaces qu'il fait bon fréquenter, où il est plaisant de s'y arrêter, d'y discuter, d'y échanger, d'y boire un café, voire d'y faire un bon repas ; où l'on y trouve des souvenirs et du merchandising (voilà qui fera grincer les dents aux "cultureux", mais certes pas aux pragmatiques)...

Encore une fois le bon vieux couple :" recettes de billetterie + subventions " ne doit plus être considéré comme suffisant pour faire prospérer une entreprise culturelle. Il doit certes perdurer, mais doit être complété par des sources de recettes autres et multiples, que seule la créativité, l'inventivité et l'originalité des cadres culturels (publics ou privés) bornera.

Last but not least, il ne faut pas oublier que culturel et cultuel ne sont séparé que par une seule lettre. Là il est vrai que je vais faire grincer des dents au « peuple de gauche », mais il est hors de question de négliger l'aspect sauvegarde du patrimoine local que toute politique culturelle sérieuse doit intégrer dans sa panoplie. La musique sacrée, les chants de Noël et plus généralement les traditions (et là oui, on revient au folklore – mais pas que- ce que j'assume sans difficulté) doivent être elles aussi, encouragées et développées pour faire partie intégrante du développement culturel.

Personne n'a le monopole de la défense du patrimoine et des traditions.

Bruno Leydet (auteur-compositeur Ciotaden)

Candidat (colistier) sur la liste citoyenne "POUR UNE VILLE QUI RESPIRE" 

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Présentation de la liste citoyenne (hors partis) "POUR UNE VILLE QUI RESPIRE" conduite par Lionel GIUSTI : JEUDI 5 MARS 2020 à 19H

Restaurant "Au Chantier" 46, quai François Mitterand (Escalet) port de La Ciotat.